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Lancement 2010
1. Réflexion sur un théâtre de l'eau La Camargue, creuset des créations de la compagnie ilotopie, fera partie du territoire Marseille Provence 2013. Nos projets dans cet événement s'intitulent « Parcours de l'eau », et se construisent aujourd'hui déjà avec « Les Oxymores d'eau », spectacle aquatique en jeu pour 2010. Ce dossier offre des points de vue issus de nos nombreuses expériences spectaculaires avec “des publics du bord de l’eau” et jette les bases de la création en cours qui croisera grand spectacle visuel et utopie technologique et politique bien au-delà d'un effet de théâtre. La création en cours dans les ateliers d’ilotopie, en Camargue, est une ode à l'eau, fresque de poésie et de violence, quand le partage des eaux se fait dans la fureur, quand l'eau baigne les naissances à venir, quand l'homme se rappelle à son métabolisme liquide, vieille algue devenue mammifère dressé. Pour rencontrer les Oxymores, paradoxes vivants glissants sur la scène liquide, le public viendra à la nuit, aux abords de l’eau, se repaître. Face à lui, oubliés dans un bout d’univers englué, dépérissant entre les concessions et les bassesses, hésitant entre abandons et abondances, il verra des êtres tendres et sensibles émerger malicieusement et s’adapter fort bien à la montée des eaux et aux amours humides. L'eau, c'est parfois ce que l'on croit voir, mais c'est en fait ce que l'on est, élément constitutif, vital. Il n'y aura pas d'homme sec ; et que l'on ne pense pas l'homme et l'eau, c'est l'homme d'eau qui bâtira son monde. Après « Narcisse Guette », chorégraphie rêveuse, et « Fous de Bassin », fantasmagorie aquatique, voici « Les Oxymores d'eau », spectacle d'un homme-nature en collision d'images, l'aventure des contradictions entre un monde qui nous quitte et une planète humide et bleue qui n'est pas sûr de nous garder.
Très souvent les villes sont nées de l'eau, présence d'une source, d'un fleuve ou d'un abri maritime. Avec le temps et l'histoire, l'urbain s'est peu à peu édifié dans la défiance de l'eau : canalisation, protection, fortification, assèchement. Aujourd'hui, l'eau dans la ville est asservie, changée en bain d'illusions ou douves résidentielles, alibi des pressions foncières et échappée des regards romantiques, lieu cerné de ville ou friche liquide. Pourtant, fleuves, lacs, mers et ports sont, avec les forêts, nos réservoirs d'imaginaires. Les surfaces d'eau vivent comme les respirations non bâties de l'urbain, des fragments d'horizons ou des couloirs d'immensités qui portent le citadin contemporain comme à la lisière de la jungle des villes. Mais vers où va l'eau ? Rives et dérives urbaines Ici, dans l'automobilebéton, le moindre caniveau est un confins, et tout bord de quai un ailleurs. Travaillant dans ces nouveaux usages qui fleurissent sur les rives urbaines, ilotopie, compagnie d'artistes et fruit d'une histoire insulaire, s'est relancé depuis six ans à « jouer de l'eau », sur ces scènes liquides, finalement vierges, aux carrefours des villes. Notre approche de l'eau est l'homme valorisé par l'espace, l'humain bien vivant au cœur du paysage, désigné comme le décideur du monde, l'unique porteur d'utopies. Durant nos plusieurs années d'essais aquatiques, entre habitat lacustre, îles flottantes et mythes marins, nous avons appris que d'individus isolés sur l'eau émanaient d'étonnantes présences, et que si l'on choisit qu'un espace aquatique devienne un gigantesque théâtre, en s'alliant à l'eau, on ouvre de nouveaux champs de représentations. Le théâtre est notre outil de travail sur un chemin qui passe à travers la ville et par des images vivantes. Avec un peu de technologie, les acteurs d'ilotopie sont devenus libres sur la scène liquide, piétons de l'eau et comédiens de jeux de fantasmes, conducteurs de rêves ou de cauchemars, transferts obsessionnels et profils convulsifs, portant ici la vie et l'action comme sur une scène ordinaire. Aujourd'hui, c'est à travers l'humour et l'absurde que nous allons construire notre prochain rendez vous avec l'eau, dans un spectacle qu'aucun public ne doit pouvoir imaginer.
Sur le terrain de l'espace public dès son origine, en 1979, la compagnie ilotopie s'est construite au fil des créations en se constituant en forte équipe permanente. Cette énergie humaine a permis des réalisations artistiques avec d'importantes scénographies « embarquant » les spectateurs. Ancré sur une île et issu de l'eau, le groupe mène depuis quelques années le projet d'un théâtre d'eau, à l'image du théâtre de rue. Déjà en 1985, la compagnie crée un grand spectacle sur l'eau avec « L'île aux Topies », épopée de trois jours sur une île flottante qui fera le tour de l'Europe. Bien sûr, avec un théâtre sur l'eau, nous perdons ce mélange avec le public que nous affectionnons dans nos scénographies terrestres, mais il nous semble intéressant de défricher l'eau vierge de la cité. Aujourd'hui, élus, écologistes, urbanistes et citoyens, regardent l'eau des métropoles comme un espace de renouveau. Devenus enjeux de société, ces surfaces emblématiques peuvent faire signe comme un appel, elles sont le lieu des pensées fluides, lieu rêvé : vacuités urbaines inscrites au cœur de la ville saturée. De même que la rue n'avait pas vraiment son théâtre avant l'avènement des Arts de la Rue, à part les harmonies, les majorettes et les carnavals, fleuves, lacs et mers sont encore dans un folklore artistique, avec joutes nautiques, vieux gréements et feux d'artifices. Ecrire pour ces nouvelles planches est l'enjeu que nous nous fixons aujourd'hui, désireux de faire émerger du cœur des villes une création contemporaine pétillante et sensée, comme un défi urbain, et nous savons qu'il y aura du public aux rendez-vous des quais. et pour nous, cette scène eau fait un demi-hectare, en moyenne 80 mètres de large par 60 mètres de profondeur. L'autre profondeur, celle de l'épaisseur d'eau pouvant varier de 70 centimètres à plus de 30 mètres selon les lieux (et c'est plutôt l'absence de profondeur qui est un handicap). Dans certains cas, le lointain est un vrai régal quand l'obscurité mélange le ciel et l'eau dans un noir profond, autorisant d'incroyables apparitions ou disparitions. Malgré ses dimensions de paysage, et parce qu'il s'agit d'un paysage, c'est à dire d'un espace qui n'existe que par le regard humain, c'est l'emplacement du public avec ses qualités de réception des images qui va définir l'emplacement de la scène, mais convoquer une population face à l'eau n'est jamais sans rappeler l'importance vitale de cet élément pour les temps à venir. Ainsi posé, nous nous retrouvons pourtant dans un schéma théâtral assez traditionnel, avec un plateau particulièrement bien dégagé pour plusieurs milliers de spectateurs ! Evidemment, cette scène d'eau a ses qualités propres : vents, courants, marées ou vagues peuvent bousculer le spectacle jusqu'à le rendre irréalisable, mais la plupart du temps, les éléments atmosphériques ou de situations sont plutôt des contraintes dynamiques dans la scénographie. Ici, le spectacle et le public sont pour nous dans le même bateau et c'est plutôt bâbord et tribord qui prévaudront sur cour et jardin pour nourrir l'espace de structures flottantes assez bioniques et naturalistes, architectures sensibles combattant l'amorphisme du plan d'eau. L'interface air/eau est l'opportunité de ce spectacle car la stricte séparation plane entre ces deux fluides peut être transposée, rompue. Si l'engineering auto-véhiculera bien sûr chaque acteur individuellement, par l'électricité, nos recherches se portent aussi sur des sculptures aquatiques de déséquilibre, travaillées pour la métamorphose par l'acteur, basculement et renversement, émission d'eau en queue de paon pour déplacements d'avatars, usage d'air comprimé pour irruptions et déflations d'image-volumes, etc … Sur l'eau, la scénographie comporte évidemment sa face cachée sous-marine, magnifiques coulisses secrètes pour les acteurs et les spectateurs.
La stature humaine seule, posée sur l'eau, focalise l'attention et fascine. Reste ensuite à écrire l'action et à transférer l'émotion malgré les distances. De nouveaux codes complètent là le savoir faire théâtral, car chacun n'est pas naturellement un acteur-marin, un navigacteur. Petit à petit, la compagnie prend possession de l'eau, comme un lent apprivoisement, pour qu'au bout le spectateur oubli la prouesse et ne ressente que le geste, l'acte adressé, juste d'acteur à public. Les acteurs utilisent pour marcher sur l’eau différentes machines flottantes que nous appelons “foïls”, sortes de sous-marins électriques de notre fabrication. Debout sur son engin, le navigacteur est aussi auto-éclairé dans ses déplacements. Des machines nautiques étant généralement des assistants aux déplacements, la mobilité des acteurs est réglée comme une chorégraphie. Les répétitions de ces trajets se calent à terre, en espace réel et temps réel, puis sont validées sur l'eau, et ainsi de suite. La distance grandit l’acteur s'il sait aussi élargir son geste ; de même, l'eau porte bien sa voix si l'usage en est clair, précis et concis. Ici, inventeurs et acteurs sont en pacte, et c'est ensemble qu'ils développeront les images vivantes qui ouvriront la dramaturgie. La lecture de nos spectacles non narratifs est rendue possible par une succession de scènes/images que le public articule lui-même à travers espace, temps et subjectivité. L'apprentissage du rôle, celui de la machine, et la chorégraphie s'effectuent séparément, puis de synchro. Bien sûr, les conditions de vents ou/et de courants génèrent d'importantes difficultés à l'acteur. On comprend aisément que dans ce type de création, un acteur ne peut pas être remplacé et que de fait, c'est une troupe de théâtre solidement structurée qui pourra assumer de nombreuses représentations. Dans «Les Oxymores d'eau», la population d'acteurs flottants préside au transfert des étonnements du public, et à son désir d'être porté au cœur de la représentation.
Notre choix, à travers cette création, est l'élaboration d'un spectacle majeur pour la compagnie, magique et presque chamanique, mais un spectacle qui porte aussi les valeurs corrosives que nous défendons chacun, humainement, dans notre société contemporaine, des fenêtres sur des choix possibles et un panel de fragments d'utopies lacéré d'images acides du monde actuel. L'eau, espace fortement chargé romantiquement, n'offre pas facilement l'incisivité que nous recherchons et c'est là une partie vitale de notre quête. Cet homme, que nous plaçons sur l'eau, n'est pas en conflit social, il cherche les causes de son insatiabilité et de son insatisfaction. Il ne sépare pas encore les morceaux de lui-même. Il reste individu, archétype construit de parts mythiques et d'acquis récents, scientifiques, philosophiques, politiques et affectifs, mis à l'épreuve du monde planétaire. Cet homme là est dans les acteurs de notre théâtre, inlassablement. « Les Oxymores d'eau » est en écriture et en chantier, mais le champ de cette création est pour nous tout à fait balisé par nos expériences et nos désirs ; c'est aujourd'hui le travail en commun de la compagnie qui va devoir incarner le centre de ce nouveau spectacle. Sur une heure, le spectacle se déroulera en trois actes : 1 - un état rituel du monde, un avant, plaçant l’eau comme origine, et l’humanité comme fétu fragile. 2 - un monde contemporain jusqu’au bout, oeuvrant à sa globalisation. 3 - une bulle d’équilibre, où les eaux montantes ont su élever les hommes sur les chemins des utopies liquides. Une utopie pour rire. 8. La lumière sur l'eau L’eau est noire la nuit, sombre miroir, mais pourtant, la moindre lumière s’y trouve multipliée. Pour les Oxymores, chaque acteur en déplacement sur l’eau sera auto-éclairé. De plus, trois plages lumineuses flottantes parallèles à la rive assurent l’illumination de tout le site par des projecteurs rasants. De son côté, l’architecture solaire rediffusera la nuit les contre-jours et une poursuite prendra les solos d’acteurs. En mobilité permanente, un comédien méduse avec un costume lumineux se projettera lui-même pour focaliser le public sur les scènes spécifiques. Sa place sera toujours entre la rive et sa cible. Après plusieurs types d'installations sonores pour diffuser les créations musicales, nous choisissons aujourd'hui de générer la musique depuis l'eau et souvent grâce à l'eau. L'air et l'eau seront les entités génératrices de sons émis grâce à des systèmes de tuyaux et d'anches, de biseaux et de rhombes. Telles les vaches de mer, la compression de l'air sur l'eau sera utilisée par des acteurs-musiciens sur des mécaniques flottantes instrumentales. Une sorte de cornemuse aquatique doit être testée également pour ce spectacle, dans un choix de puissance sonore. Des ondes musicales amplifiées seront diffusées sur l'eau et depuis l'eau avec des alternances d'émergences et d'immergences, dans une écriture réalisée par le compositeur Phil Spectrum, qui invente la plupart des musiques de nos spectacles. L’ensemble du site et du spectacle sera souligné par des artifices blancs et argents illuminant tout l’espace lors des basculements d’images. Tous ces équipements seront auto-alimentés et fonctionneront en basse consommation d’énergie. Les lumières et leurs ruptures vont être une des clés de lecture des trois tableaux de ce spectacle.
10. L'attrape-Watts : l'énergie de la fête L'insularité d'une partie de l'équipe d'ilotopie nous a marié depuis longtemps à l'eau, au soleil et au vent, «éléments renouvelables», au point de chercher aujourd'hui à offrir au public toutes les énergies d'un grand spectacle nocturne comme le cadeau du lieu, préparées et stockées sur les jours précédents. En fait, tous les éléments de la scénographie flottante de l'événement sont capteurs d'énergie par la lumière et le vent, et leur accumulation permet, grâce à une gestion rationnelle des consommations des lumières, des musiques et des machineries, une féerie autonome. Durant quatre jours, badauds et publics pourront voir fonctionner cette installation aquatique sans précédent, avec ses acteurs glissants au milieu de ce potager d'énergie. Avant le week-end du spectacle, les enfants des écoles profiteront d'explications et de jeux scientifiques à l'aide de miroirs personnels qu'ils cibleront vers les costumes photovoltaïques des acteurs d'eau pour les mettre en parade. Une récréation scientifique en plein centre ville. Chaque architecture nautique, dont la station-phare, ainsi que les véhicules électriques et les plages flottantes rendront à l'heure dite les énergies captées sur le site pour les restituer au public à l'instant du spectacle. Fini la fête synonyme de gaspillage : ici et maintenant, on stocke les watts les jours d'avant pour mieux les distribuer le grand soir. 11. Investissement d'un site nautique Dès le début des montages sur l'eau, des véhicules flottants entrent en jeu, tractant des morceaux d'architectures nautiques qui seront assemblés afin de construire toute la scénographie du site. Les trois plages flottantes qui assureront une partie des lumières du soir (dont celles du public), sont des éléments catamarans à balancier équipés de 30m² de panneaux photovoltaïques, de batteries, et de 50 projecteurs longue portée en rasant. Les pièces imposantes du phare à cinq flotteurs sont ensuite érigées, puis les voiles membranaires des cellules voltaïques sont déployés et les trois éoliennes dressées. Cette île flottante technologique est le visuel majeur de l'installation s'orientant différemment à chaque instant du spectacle, présentant successivement trois esthétiques différentes. La scénographie se complète enfin de tous ses véhicules aquatiques, et des sculptures/jeux qui s'animent ensuite, avec l'eau et des pompes, de rapides mouvements de renversement. Une ambiance sonore vient baigner le site dès que tous les éléments sont en fonction et c'est un monde en respiration qui commence à exister au fil des jours. Les installations peuvent alors accueillir divers publics en journée pour des rencontres et des visites depuis le quai ou la berge. - Panneaux photovoltaïques sur 5 lieux ( 60 m²) - Eoliennes - 3 éoliennes de 350 W - Groupes électrogènes de secours - Batteries à décharge lente + Régulateurs, chargeurs, convertisseurs, câbles... En 3 à 4 jours, de 20 à 70 KW seront stockés Consommation énergétique sur site - Eclairage accueil et sécurité du public sur 2H30 2 000 W Lampes et leds fluocompact - Lumières spectacle de face sur 1H 5 000 W 3 plages flottantes autonomes de 15 phares chacune - Lumières scénographie 1 500 W Lampes à leds disposées dans les sculptures flottantes - Lumières mobiles (avec acteurs) 800 W Leds d'éclairage acteurs - Sonorisation 2 000 W Amplificateurs sonores basse consommation - Moteurs (éléments mobiles) 3 000 W Déplacements ou propulsions par moteurs électriques (dont Yamaha nautique) Consommation globale sur la soirée : 14 300 W Avec diverses pertes en ligne, nous tablons sur 20 KW
Janvier à mars 2007 : pré-écriture Avril 2007 : Résidence à l'Etang des Aulnes (Conseil Général des Bouches du Rhône) essais de machines flottantes et répétitions Novembre - décembre 2008 : fin d’écriture Janvier à mai 2009 : chantier de constructions, architectures et costumes Du 02 au 14 mai 2009 : Résidence à l’abattoir de Chalon sur Saône Du 31 mai au 13 juin 2009 : Résidence à Châlons en Champagne
- Furies à Châlons en Champagne - La ville d’Amiens - L'Abattoir, à Chalon sur Saône - Le Théâtre des Salins, Scène Nationale de Martigues / Ville de Martigues Recherche de co-productions et de pré-achats en cours, la création de ce spectacle nécessitant deux périodes de résidences, pour mise en scène et jeu d'acteurs. Aides à la création des « Oxymores d'eau » - «In Situ » plate-forme européenne de créations de spectacles innovants en territoire urbain - Bourse à l'écriture BEAUMARCHAIS SACD 2007 - DMDTS Ministère de la Culture et de la Communication - ADAMI SPEDIDAM (en cours) ilotopie est soutenu par le Ministère de la Culture, la DRAC PACA, le Conseil Régional PACA, le Conseil Général des Bouches du Rhône, l'ANCSEC , Ouest Provence, la DIREN, la ville d'Arles, la ville de Port Saint Louis, Cultures France.
Evènement aquatique hors normes
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